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    le Livre des Débuts d'Histoires, Chapitre 2 : La Brique

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    JoieYoyu

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    Date d'inscription : 03/10/2012

    le Livre des Débuts d'Histoires, Chapitre 2 : La Brique

    Message  JoieYoyu le Jeu 25 Juil - 12:12

    Chapitre 2 : La Brique


         Lucy se réveilla en sursaut. Le break ralentissait. Le soleil était bien plus bas dans le ciel que dans son souvenir et qu’elle comprit seulement au bout d’un instant qu’elle avait dormi. Lorsque la voiture ralentit et bifurqua vers une autre voie, elle demanda :
         « On arrive bientôt ? »
          Comparé à la rapidité avec laquelle ils avaient emballé leurs affaires et quitté leur appartement, ce voyage semblait durer une éternité. Cela faisait trois jours qu’ils roulaient et Lucy en avait assez de rester assise à l’arrière du break avec tous les cartons qui n’avaient pas pu rentrer dans la remorque de location cahotant derrière la voiture.
          A l’avant, ses parents étaient lancés dans une conversation sur l’oncle Byron et la tante Helen et la question de savoir s’ils leur auraient préparé le dîner.  Le père de Lucy en était sûr. Sa mère ne voulait pas qu’ils se donnent tant de peine pour eux.
         « On arrive bientôt? répéta Lucy, plus fort cette fois ci.
         - On est pas très loin, répondit son père. Regarde les collines. Ici, on les appelle « les falaises ». »
         Les falaises lui rappelèrent leur nouvelle maison qui, comme elle le savait, était au sommet d’une colline. Bien entendu, elle n’était pas neuve. Le grand-père de tante Lavonne l’avait construite début 1800. Sa famille avait vécue là et, plus tard, tante Lavonne avec ses parents, Oscar et son petit frère Morris, le grand-père de Lucy. Lucy avait vu une photo de la maison à l’époque, une vaste demeure en briques avec un grand porche sur le devant, une maison construite pour des familles et qui avait même un nom : on l’appelait « La Brique » depuis plus de cent ans.
         Ses parents et elle-même étaient-ils le genre de famille faite pour vivre à La Brique? Lucy regarda son père, sa mère et s’interrogea. Ses parents étaient si différents l’un de l’autre qu’ils lui rappelaient un histoire que son père lui racontait le soir avant de se coucher, quand elle était petite : c’était l’histoire d’un roi qui aimait les chats et d’une reine qui aimait les oiseaux. Le roi aimait tant ses chats et la reine aimait tant ses oiseaux qu’ils ne pouvaient jamais s’entendre. Ils passaient leur temps à se disputer. En réalité, c’était seulement le début d’une histoire : Lucy demandait toujours ce qui arrivait ensuite et son père répondait en hochant la tête : « Je ne sais pas. Ça ne va pas très fort pour eux, hein? »
         Il en allait de même avec ses parents, qui semblaient plus souvent en désaccord que le contraire. On avait du mal à imaginer qu’ils aient pu tomber amoureux l’un de l’autre. « La Brique, pensa Lucy. Notre maison, La Brique. » cela rendait un son étrange.
        En regardant vers l’horizon, elle aperçut une ville qui ressemblait à toutes celles qu’elle avait vues pendant ce voyage : un petit groupe de maisons, de magasins et de silos à grain avec un grand château d’eau. La voiture ralentit en traversant la ville. Alors, jusqu’à la sortie, Lucy vit un panneau annonçant : MARTIN : 8 MILES.
         « C’est là! » s’exclama-t-elle. La ville voisine de leur nouvelle maison portait le nom de sa famille. Le grand-père de tante Lavonne avait été l’un des fondateurs de cette ville. L’idée de participer à l’Histoire plaisait à Lucy, tout comme le fait de porter le même nom que le ville. Cela lui donnait l’impression que ses parents et elle y trouveraient peut-être leur place.
        À travers la vitre, elle aperçut des cèdres aux flancs des collines et des plants de coton d’une blancheur lumineuse dans les vallées. Elle vit des vaches qui broutaient autour d’une marre. Le break dévala une colline, traversa une rivière qui avait creusé son chemin dans la terre et recommença à monter. Enfin, il parvint sur une hauteur et Lucy vit que les terres cultivées qui s’étendaient à l’ouest étaient complètement plates. « C’est la vallée du Missouri », lui dit don père.
        Le break tourna vers le nord en longeant les falaises et en montant toujours. En contrebas de la route, Lucy aperçut tout un ensemble de grandes étables blanches. Une ferme également blanche s’élevait à proximité.
         « C’est la maison d’Helen et de Byron, dit son père. Tu vois la boîte aux lettres un peu plus loin? C’est la nôtre. »
         Lorsque la voiture ralentit, Lucy lut le nom de Martin sur la boîte aux lettres. Alors, tandis que son père prenait un virage pour s’engager sur une longue allée de graviers, elle abaissa la vitre et se pencha au dehors pour jeter un premier coup d’œil sur La Brique.
         La maison était à l’écart de l’autoroute, et dans la lumière du soleil couchant, ses briques paraissaient presque roses. Sur la façade, deux grands épicéas s’élevaient à gauche d’un long porche blanc. Des lilas aux branches ployant sous le poids des fleurs violettes s’inclinaient de l’autre côté. Cinq hautes fenêtres s’alignaient au-dessus d’un balcon surmontant le toit du porche. Sans comprendre pourquoi, Lucy fut certaine que les deux fenêtres de gauche étaient celles de sa chambre.
         Son père se gara à côté des épicéas au moment même où deux personnes arrivaient de l’arrière de la maison : un homme qui ressemblait au père de Lucy en plus petit et plus trapu, et une femme souriante aux cheveux sombres et grisonnants coupés courts.
         «  C’est Byron et Helen ! » s’exclama le père de Lucy en ouvrant la porte de la voiture.
         Dans le brouhaha de bavardages et de présentations qui suivit, Lucy se retrouva soulevée à bout de bras, embrassée et de nouveau soulevée tandis que tante Helen s’exclamait : « Regardez-la ! Quel âge as-tu? Douze ans? Mon Dieu! Tu es presque une grande personne maintenant! »
         Oncle Byron poussa tranquillement tout le monde vers l’arrière de la maison.
         « La table est mise et j’ai fais réchauffer un ragoût au four, annonça tante Helen alors qu’ils entraient dans la maison. Je parie que vous êtres affamés. ( Soudain, elle remarqua que Lucy jetait un coup d’œil par la porte de la cuisine.) Mon Dieu ! J’ai l’impression que Lucy est trop surexcitée pour manger tout de suite, dit-elle en riant.
         - Est-ce que je peux faire un tour de la maison? demanda Lucy.
         - Bien sûr, ma chérie. C’est ta maison maintenant. »
         Notre maison. Lucy traversa une salle à manger, puis une autre pièce remplie de vieux meubles : des tables aux pieds incurvés et pourvus de griffes, un divan en velours rouge aux tons passés et un énorme fauteuil en cuir. Dans n’importe quelle autre maison, cette pièce aurait été une salle de séjour. Dans celle-ci, c’était sans conteste un « petit salon » , se dit Lucy.
         « Je t’ai préparé le lit de Lavonne, ma chérie, lui lança tante Helen. J’ai pensé que sa chambre te plairait. Elle est à l’étage, sur le devant de la maison. Pas la chambre avec le grand lit, celle-là, je l’ai réservée à tes parents, mais l’autre. »
         L’escalier était au bout d’un couloir juste à coté du petit salon. Il y avait une porte vitrée à une extrémité du couloir, une vieille horloge à l’autre, et deux portes entre les deux. L’une d’elle était fermée. Lorsqu’elle ouvrit l’autre, Lucy entrevit quelques chaises et un piano à queue pour enfant. Elle monta vivement l’escalier, en admirant au passage sa tapisserie magenta élimée qui lui rappelait les fauteuils en peluches des vieux cinémas.
         À l’étage, elle trouva aussitôt la chambre de tante Lavonne. « Ma chambre » , se dit-elle. Elle était certaine que c’était celle qu’elle avait reconnue en arrivant. Le papier peint démodé et pâli représentait des lierres et des branches d’arbres entrelacés. Entre les deux fenêtres, qui étaient orientées à l’ouest, trônait un lit fin et fragile bien plus haut que son ancien lit. Il y avait aussi une grande commode en bois et une curieuse petite coiffeuse. Lucy se contempla dans son miroir à panneaux. Elle donna à ses yeux sombres et à son visage rond une expression grave, comme sur une vieille photographie, et disposa des longs cheveux bruns sur ses épaules, exactement comme une jeune fille de l’ancien temps aurait pu le faire. Seuls son tee-shirt et son jean juraient dans ce décor. Tante Lavonne avait certainement porté des robes quand elle était une petite fille.
        Lorsqu’elle vit dans le miroir les dernières lueurs du soleil couchant, Lucy se retourna et se dirigea vers la fenêtre. La plaine s’assombrissait et Lucy distinguait à peine les fils d’argent luisants de l’autoroute, qui n’aurait pu exister en 1914, elle aurait très bien pu avoir remonté le temps. Elle se demanda si Lavonne était à cette même fenêtre quand elle avait vu Oscar au bord de l’immense mer magique.
         Lucy ferma les yeux pour se représenter la mer. Elle imagina Oscar à côté du canot, tournant la tête vers Lavonne. Non, ce n’était pas Lavonne qu’il regardait, mais elle, comme pour répéter : « Lucy t’expliquera! ».

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